|
"Proust, moins artiste que Saint-Loup, n'aimait, lui, que les entreprises difficiles, que les intrigues compliquées; il cherchait des résistances à vaincre, des vertus à séduire, et conduisait l'amour comme une partie d'échecs, avec des coups médités longtemps, des effets suspendus, des surprises et des stratagèmes dignes de Polybe. Dans un salon, la femme qui paraissait avoir le moins de sympathie à son endroit, était celle qu'il choisissait pour but de ses attaques ; la faire passer de l'aversion à l'amour par des transitions habiles, était pour lui un plaisir délicieux; s'imposer aux âmes qui le repoussaient, mater les volontés rebelles à son ascendant, lui semblait le plus doux des triomphes. Comme certains chasseurs qui courent les champs, les bois et les plaines par la pluie, le soleil et la neige, avec des fatigues excessives et une ardeur que rien ne rebute, pour un maigre gibier que les trois quarts du temps ils dédaignent de manger, Proust, la proie atteinte, ne s'en souciait plus, et se remettait en quête presque aussitôt."
Constatation d’Oriane (crayon de couleur rose): ce petit portrait est tout à fait celui de mon mari le Général Proust qui, non seulement en amour, mais en tout ne cherchait qu’à vaincre toutes les résistances. La seule chose qui l’intéressait était de faire plier le monde devant lui. Il est vrai que ce n’est pas très original et que l’on retrouve un peu partout ce type de caractère, par exemple dans les Liaisons dangereuses. Je me souviens aussi de certains personnages de Sade qui n’atteignaient la jouissance qu’ainsi…
|